Ce manifeste est signé par Dominique Anglade et Régine Chassagne, cofondatrices de la Fondation KANPE, aux côtés de voix d’Haïti, de la diaspora haïtienne et d’allié·e·s qui refusent de détourner le regard et croient en l’avenir d’Haïti.
18 mai 2025 (MONTRÉAL) : Malgré tout ce qui se passe dans le monde, il est inquiétant de constater que l’actualité d’Haïti est aujourd’hui presque banale aux yeux de nombreux grands quotidiens et téléjournaux. Pourtant, l’histoire et l’héritage d’Haïti continuent d’influencer profondément les Amériques. Ce 18 mai, Haïti célèbre bien plus qu’un drapeau. Cette date représente un tournant dans l’histoire du pays car elle a mené à son indépendance et à la fin de l’esclavage — un moment qui a marqué non seulement les Haïtiens, mais aussi des peuples situés bien au-delà de ses frontières.
Haïti a toujours été une terre de refuge, un bastion dans le combat pour la liberté et la dignité humaine des peuples opprimés. Dès ses débuts, Haïti a soutenu les luttes pour l’indépendance de plusieurs pays d’Amérique latine. Son influence est aussi profondément ancrée dans la culture et l’architecture de La Nouvelle-Orléans, contribuant à façonner l’identité nord-américaine de manière significative, notamment à travers son rôle dans l’émergence du jazz.
La crise humanitaire actuelle découle de nombreux facteurs : l’injuste et accablante dette de l’indépendance imposée par la France pendant 122 ans ayant saigné l’économie de la jeune nation, l’occupation américaine (1915-1934), les changements climatiques, les catastrophes naturelles, ainsi que de trop nombreuses actions irresponsables de la part de gouvernements haïtiens passés, mais également de gouvernements étrangers se disant alliés.
Aujourd’hui, face aux défis auxquels Haïti est confronté, nous ne pouvons rester les bras croisés. Les conséquences de la crise haïtienne dépassent largement les frontières du pays. Dans un monde interconnecté, ce qui touche une nation nous concerne tous. L’indifférence n’est plus une option.
Nous dénonçons particulièrement les politiques qui fragilisent Haïti comme la menace de déportation de centaines de milliers d’Haïtiens intégrés aux États-Unis. Nous dénonçons aussi toute décision du Canada de ne pas accueillir celles et ceux qui fuient une situation de détresse. Au-delà du déchirement qui les a conduit vers de nouvelles contrées, ces hommes et femmes travaillent, bâtissent des communautés et participent à l’économie des ces nouvelles terres. Les rendre vulnérables ne fera qu’aggraver la crise.
Le Canada peut contribuer à une solution durable, fondée sur les droits humains, la coopération internationale et la reconstruction. Dans ce contexte sans précédent, et dans les traces de Mackenzie King et de Lester B. Pearson, nous appelons le nouveau gouvernement canadien à intensifier son engagement et à faire preuve d’un leadership moral dans la coalition internationale qui accompagnera Haïti dans son prochain chapitre. Dans ce nouveau chapitre, la sécurité sera rétablie, les perspectives d’avenir pour la jeunesse du pays passeront de rêves à réalités. C’est aussi un chapitre dans lequel l’économie d’Haïti sera revitalisée. Et dans cet effort, le gouvernement canadien pourra compter sur une diaspora haïtienne engagée et prête à participer à l’essor de son pays d’origine. Nous encourageons le Québec à se joindre à ce partenariat et embrasser pleinement l’empathie si distinctive de ce coin d’Amérique.
Depuis près de 15 ans, la Fondation KANPE accompagne des communautés en Haïti et est témoin de la force, de l’ingéniosité et de la détermination des Haïtien.ne.s. Nous avons vu des communautés prospérer lorsque les ressources adéquates leur sont fournies. Nous savons que le potentiel d’Haïti est immense. Malgré les crises, sa culture et ses talents continuent de rayonner à travers – notamment – l’art, les lettres, la gastronomie, la science, la diplomatie et l’entrepreneuriat. Ce qu’ils/elles demandent ? Des opportunités. Ce dont Haïti a besoin ? De la solidarité et de l’engagement.
Le moment d’agir est maintenant. Ne tournons plus le dos à Haïti. Sa population doit faire plus que survivre. Elle doit et peut s’épanouir, comme celle de tant d’autres pays – qui continuent de le faire – grâce à des alliances et des partenariats stratégiques.
Ce n’est pas le cynisme qui permettra à Haïti de se relever et de rester debout. C’est l’amour, la solidarité et la collaboration.
Nous serons là, aux côtés d’Haïti. Toujours.
###
À PROPOS DE NOUS
KANPE, qui signifie « se tenir debout » en créole haitien, est une fondation qui accompagne les communautés rurales sous-desservies d’Haïti vers l’autonomie à travers six piliers: leadership, entrepreneuriat et développement économique, agroforesterie, éducation, santé, et renforcement des infrastructures locales.
KANPE a été fondée en 2010 par deux Canadiennes, membres de la diaspora haïtienne : Régine Chassagne, co-leader du groupe Arcade Fire, et Dominique Anglade, leader dans les milieux politique, économique et académique au Canada. La fondation est enregistrée comme organisation à but non lucratif au Canada et aux États-Unis.
CONTACT
Jennifer Brown, directrice générale
La Fondation KANPE
jennifer@kanpe.org
Liste des signataires
Co-fondatrices : Dominique Anglade et Régine Chassagne
Membres et ancien·ne·s membres du Conseil d’administration, collaborateur·trice·s, Haïtien·ne·s d’Haïti et de la diaspora, ainsi que des allié·e·s du Canada et des États-Unis.
François Audet, Paul Beaubrun, Dan Boeckner, Jennifer Brown, Win Butler, Patrice S. César, Déborah Cherenfant, Nathalie Coicou, Lyndsay Daudier, Michelle Friedstadt, Anya Fouché, Nikolina Gateva, Phil Ianniello, Tim Kingsbury, Charles Létourneau, Fritz Louis, Hugo Merveille, Dounia Mikou, Youssef Shoufan, Martine St-Victor, Paul Harry Toussaint, Ronald Vigue, Izvor Zivkovic.









