À Baille Tourible, il y a des matins qui commencent avant le lever du soleil. Pas pour profiter de la fraîcheur, ni pour contempler le paysage. Pour aller chercher de l’eau.
Ylianne Casséus connaît ces matins-là par coeur. Agricultrice et commerçante, elle vit dans cette communauté du Plateau Central depuis sa naissance. Et pendant des années, l’eau a été son premier combat de la journée.
30 à 40 minutes.
Ce n’est pas une métaphore. C’est le temps qu’il fallait à Ylianne pour atteindre la source, à travers des sentiers escarpés et broussailles épaisses. Elle portait des récipients, de grandes bassines, selon les jours : pour boire, pour laver, pour cuisiner. Les enfants venaient parfois avec elle. Des enfants qui auraient dû se préparer pour l’école, mais qui participaient eux aussi à cette corvée quotidienne parce qu’il n’y avait pas d’autre choix.
Et quand le choléra s’est répandu dans la communauté, la peur s’est ajoutée au fardeau. Chaque trajet vers la source devenait une inquiétude de plus.
Un système à l’arrêt, une communauté qui attend
Le réseau d’eau de Baille Tourible existait, mais il ne fonctionnait plus depuis un moment. L’infrastructure était là, silencieuse, inutile. Ylianne et ses voisines continuaient leurs allers-retours.
Puis elle a entendu que la Fondation KANPE allait intervenir pour remettre le système en état. Elle dit qu’elle y a cru dès le début. Et en septembre, quand les travaux ont été complétés et que l’eau a recommencé à couler, elle ressentait une chose simple et immense à la fois : le soulagement.
Ce que l’eau change, concrètement
Depuis que le système fonctionne à nouveau, Ylianne ne retourne plus à la petite source. En apparence, ce n’est qu’un changement logistique. Mais derrière ce changement, il y a une chaîne de transformations discrètes et profondes.
Elle a du temps. Du temps pour faire ses tâches à la maison dans les délais. Du temps aussi pour son commerce, et son travail dans les champs. La santé de la famille s’est améliorée. Les risques de maladies ont diminué.
L’eau potable accessible, c’est du temps rendu aux femmes. C’est de la santé rendue aux familles. C’est de la dignité rendue à une communauté entière.
Sa demande, claire et généreuse
Casséus ne garde pas cette chance pour elle. Son voeu, exprimé simplement et avec une grande lucidité, c’est que KANPE installe davantage de bornes-fontaines dans les zones encore plus reculées, là où des femmes et des enfants continuent de faire la route jusqu’aux petites sources, avec tous les risques que cela comporte.
Elle a bénéficié du projet. Et elle pense déjà à celles qui n’en bénéficient pas encore.
C’est cela aussi, l’autonomisation : quand une personne qui a reçu commence à penser à comment élargir le cercle.









