Dans l’atelier de peinture du Camp d’été 2026, un moniteur se penche sur l’épaule d’un campeur et corrige doucement la tenue de son pinceau. Il s’appelle Jacques. Il y a huit ans, c’est lui qui tenait le pinceau.
Jacques a découvert le camp en 2018, comme campeur. Il y a appris à jongler, à faire du macramé, et il en garde un beau souvenir : la visite de la cascade de Saut-d’Eau. Mais ce que le camp lui a vraiment donné, dit-il, ce sont « des amitiés à long terme avec des jeunes que je n’aurais jamais eu la chance de rencontrer autrement ». Depuis, la peinture est devenue son métier. Alors quand il est revenu cette année pour sa première expérience de moniteur, c’est tout naturellement l’atelier de peinture qu’on lui a confié. Le campeur de 2018 forme les campeurs de 2026.
Et il n’est pas le seul. En traversant le camp, on croise trois autres moniteurs qui, il n’y a pas si longtemps, dormaient dans les mêmes dortoirs que leurs élèves d’aujourd’hui.
Il y a Gudleau qu’on retrouve tôt le matin à mener les séances d’éducation physique avant de disparaître dans les coulisses de la logistique, au sein du comité d’organisation. Lui aussi a appris la peinture au camp, en 2019 à Baille Tourible. Ce talent l’a littéralement nourri : « Pendant mes études universitaires, c’est avec la peinture que je trouvais de quoi manger. » Les études, il les a terminées : sciences administratives, spécialité comptabilité. Aujourd’hui, il est responsable de la documentation au sein de notre équipe terrain.
Il y a Maestro Anderson, qui avait 17 ans lors de son premier camp, à Thomonde, et qui dirige aujourd’hui la fanfare et des ateliers de musique au camp. Demandez-lui ce que le camp lui a apporté et il ne s’arrête plus : l’estime de soi, la confiance, le respect mutuel, la discipline, et « la chance de développer des talents qui dormaient en nous ». Ces talents ne dorment plus. Maestro Anderson est aujourd’hui musicien de profession, formé en entrepreneuriat et en électricité.
Il y a enfin Fabrice, que la fanfare de Baille Tourible a formé aux instruments à vent et qui les enseigne maintenant à son tour, pour sa première année comme moniteur. Campeur en 2018, il raconte que le camp a « apporté un grand changement » dans sa vie, et pas seulement en musique : il y a appris à faire du compost, découvert l’élevage, visité pour la première fois Kay Chavanne et Saut-d’Eau. Surtout, il y a appris « à vivre avec toutes les catégories de personnes, sans discrimination, comme des frères et sœurs ». Aujourd’hui enseignant, il transmet cette leçon-là à son tour autant que le solfège.
Quatre parcours, une même trajectoire : recevoir, grandir, puis rendre.
Cette trajectoire n’a rien d’un hasard. Elle est au cœur de ce que KANPE construit depuis des années à travers le renforcement du leadership et l’accompagnement des leaders locaux. Car l’objectif d’un camp d’été n’a jamais été de simplement occuper des vacances : il est de faire en sorte que le transfert de connaissances fonctionne d’une génération à l’autre. Que les communautés renforcent leurs capacités et leurs compétences, puis les transmettent elles-mêmes, à leur jeunesse comme aux communautés environnantes. Le jour où les anciens campeurs deviennent des moniteurs, des enseignants et même des employés de la fondation, c’est que le cycle tourne. Il tourne.
Et quelque part parmi les 73 campeurs de cette année, entre un coup de pinceau maladroit et une première note de trompette, se trouvent sans doute les moniteurs de 2030.
KANPE, se mettre debout, c’est aussi tendre la main à celui qui avance derrière soi.









